Accueil » Dans la peau de ? » Vincent Clerc
Par Julien Vitry
Comme sur les terrains, Vincent Clerc jouit de la vie à cent à l’heure. À Toulouse, l’étudiante, la Gascogne, il ne pouvait pas mieux tomber. Comblé sur le pré comme à la ville, il ne manque plus qu’une seule chose pour asseoir à son bonheur, jouer la prochaine Coupe du monde en France.
Veille de match début décembre à Toulouse. Le soleil illumine les toits de la ville rose. Le thermomètre affiche encore un convaincant 15 degrés sur les coups de midi. Quelques affamés déjeunent en terrasse place Saint-Georges. Plutôt sympa d'habiter dans le Sud ! « Je préfère les vraies saisons pour tout vous dire, et quand l'hiver est bien froid », avance avec son sourire détendu Vincent Clerc. Logique, l'homme vient de Grenoble, ces étés caniculaires, ces hivers glacials. Pas de demi-mesure en Isère. Dans le Tarn-et-Garonne, on préfère plutôt la rupture tranquille, comme dirait l'autre. Mais aujourd'hui, il fait tout de même chaud pour la saison. Presque trop pour Vincent.
Voilà pourtant cinq ans que le plus Toulousain des Isérois habite sur les bords de la Garonne. « J'ai découvert en arrivant ici une ville splendide, confie Vincent. Les gens sont chaleureux, ils sont très ouverts, la mentalité est géniale. Ils viennent vers vous et je ne dis pas ça parce que je suis un joueur du Stade ». À l'inverse de ses coéquipiers originaires de la région, lui a même choisi de vivre en plein coeur de la ville. Pour profiter pleinement des animations du centre, de l'animation de la vieille ville. Il y a quelques mois, il a dégoté une sorte de loft dans un petit ensemble de bâtiments réhabilités, autrefois une casse de voitures. La belle vie quoi...
Avec honnêteté, il avoue que son départ de Grenoble pour s'installer dans une ville dont il ne connaissait que la pelouse des Sept-Deniers n'a pas été si simple. « Pour moi, c'était hyper flippant de changer de cadre, de quitter mes amis et ma famille. Surtout pour Toulouse où jouaient à l'aile Marfaing, Jeanjean, Ntamack... Une sacrée concurrence ! J'en ai pleuré à l'idée de perdre de vue mes proches », évoque-t-il sans détours. Sensible l'homme qui s'est jeté dans les pieds des plus féroces guerriers de l'Ovalie, Jonah Lomu en tête ? « Vincent est quelqu'un de foncièrement gentil et fidèle en amitié », confirme son agent, Marie Simonet.
À 25 ans, Vincent Clerc prend désormais tout cela avec beaucoup plus de philosophie. « En grandissant, on s'intéresse davantage à d'autres choses que le cocon dans lequel on a vécu plus jeune », glisse-t-il. Comme tout expatrié, il s'est donc s'imprégné radicalement de sa nouvelle terre d'accueil. Musées, monuments historiques, lieux incontournables de la vie toulousaine, il connaîtrait même mieux la cité rose que certains Toulousains de naissance. Mais ce n'est pas lui qui le dira. Vincent avoue simplement connaître le meilleur préparateur de salade de pot au feu du marché Victor Hugo. Avis aux amateurs...
Mais ce n'est tout de même pas pour la gastronomie toulousaine que le fils de l'ancien trois-quarts du FC Grenoble (1976-1982) a débarqué place du capitole en 2002. « Quand tu as 20 ans, le Stade Toulousain représente tellement de choses. À la fin des années 90, c'était l'équipe qui remportait tout en France et en Europe. J'admirais les Delaigue, Labit... Je ne serais parti pour nulle part ailleurs qu'ici », explique Vincent. Il fréquentera ainsi ces illustres aînés, en club ou en Equipe de France. Mais il fait surtout partie de la génération des Michalak, Poitrenaud, Jeanjean, Lamboley. Bien plus que des coéquipiers de club. « On fait beaucoup de choses ensemble le week-end ou après les entraînements. Nous avons une vie extra club. Il nous arrive même d'aller au cinéma ensemble ou de se faire une bonne bouffe », raconte-t-il. Les Rouge et Noir ont d'ailleurs leurs repères, leurs cantines. Place Saint-Étienne ou boulevard Lascrosses, il n'est pas rare de les croiser. Du côté du musée des Augustins aussi dans une des nombreuses boutiques de mode. Car quand il quitte ses crampons, Vincent Clerc, c'est plutôt veste noire et pull anthracite façon Georges Clooney. Mais jamais pour épater la galerie. L'homme préfère ne pas faire de vague, sauf pour mettre en avant l'association dont il est le parrain, la Maison de Parents de Toulouse (voir encadré).
Quand il endosse le maillot des Rouge et Noir, c'est pareil. Pas d'exagération. Il est pourtant le meilleur marqueur d'essais du club en championnat. Et après quatorze journées, il était surtout celui que Guy Novès avait le plus utilisé : onze titularisations, un seul match manqué. Un record. Mais lui préfère s'attarder sur les résultats du Stade, moins éloquents que lors des saisons précédentes. « On a du mal à prendre confiance dans la continuité, mais il y a aussi plus d'adversité cette année », concède-t-il. Certains évoquent des problèmes de préparation, le calendrier chargé ou encore la justesse du pack rouge et noir. Lui préfère regarder le classement du Top 14 où le Stade Toulousain occupe la 5e place à seulement 10 points du leader parisien.
Le Toulouse de Vincent Clerc, c'est aussi la fac. L'autre versant de l'International tricolore. Avec 90 000 étudiants, Toulouse est la troisième ville la plus dynamique dans le secteur après Lyon et Paris. Pas moins de 10% de la population passe ses journées sur les bancs des amphis toulousains. Pas étonnant donc d'y trouver quelques rugbymen. « Je n'ai jamais arrêté les études. Cela m'a toujours permis de couper, de penser à autre chose que le rugby, même s'il est parfois difficile de mener les deux activités de front, insiste Vincent. C'est aussi important d'assurer son avenir. Le rugby, ce n'est pas le foot. On n'a pas les mêmes revenus. » Après un Deug STAPS et une Licence en métiers du sport, il s'est donc inscrit, dans le cadre de l'Université Paul-Sabatier, en Master en management et ingénierie des organisations sportives. Cours, stages, projet collectif, il essaie de ne rien rater. Et son club joue le jeu, surtout quand vient l'heure des partiels.
Un futur dirigeant sportif serait-il en gestation ? « Je m'intéresse à beaucoup de choses, rétorque-t-il. J'aimerai bien par exemple avoir ensuite une expérience dans un pays anglo-saxon. » Ce serait alors quitter Toulouse. Aujourd'hui, il ne l'envisage pas, mais il sait que son contrat arrive à échéance en fin de saison. L'étranger pourrait être une solution. Difficile en revanche d'aller dans un autre club français après cinq années passées chez les Rouge et Noir. À moins d'y retrouver un de ses copains, comme Nicolas Jeanjean, néo-Parisien... « J'aime la montagne, me retrouver loin de toute civilisation », souffle-t-il d'un oeil pétillant de plaisir. À Paris, il y a bien la butte Montmartre, mais... Pour l'heure, sa vie est plus proche des Pyrénées, des promenades le long des rives de la Garonne et des places ensoleillées du quartier Saint-Étienne.
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