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Serge Betsen

...bien dans ses basques

Par David Bonnefous Saavedra

Au delà de l’Adour, on ne le connaît souvent que pour ses prouesses rugbystiques. En marge du BO, le troisième ligne de l’équipe de France prépare pourtant une reconversion mûrement réfléchie. Un mélange de culture basque et camerounaise peut-être. Portrait d’un homme au grand coeur.

Serge Betsen Jeudi 31 août. Lendemain d'un record historique pour Biarritz. La veille, dans leur antre d'Aguiléra, les joueurs du BO se sont imposés face aux voisins bayonnais sur le score sans appel de 54 à 0. Aujourd'hui les sourires sont forcément biarrots, excepté pour le troisième ligne international, Serge Betsen. Avec trois matches en huit jours, pas le temps de parader. Dès 10h, direction la thalassothérapie pour commencer cette journée placée sous le signe de la récupération, trois jours avant d'aller défier le Stade Toulousain au Stadium.

Serge Betsen est un professionnel, quelqu'un de très humble aussi. Pour lui, sa journée a déjà commencé depuis longtemps. Depuis 7h du matin exactement, heure où Martin, son fils cadet de 7 mois, a réclamé le biberon. L'international français s'est ensuite accordé un moment privilégié avec ses deux enfants avant d'amener Jade (3 ans), sa fille aînée, à l'école. « Avec ma femme, on se partage les tâches et en général c'est plutôt moi qui m'occupe de mes enfants le matin. » Car s'il y a bien une chose que le flanker international a de serré, c'est son emploi du temps.

Serge Betsen a plusieurs activités en dehors du Biarritz Olympique, mais il n'en fait pas une à moitié. « Quand on est pro, on doit tout faire, explique Serge Betsen. On se doit de tout apprécier pour jouer selon ses ambitions et toujours avec du plaisir. Il n'y a pas de secret : le travail paie. Cela ne tombe pas du ciel. Il faut se faire mal intellectuellement et stratégiquement pour que sur le pré ce soit payant. » Hors de question alors que le joueur biarrot rate un entraînement des champions de France. Et aujourd'hui plus qu'un autre jour. Il doit commencer les exercices de récupération (aérobie, relaxation, soins) une demi-heure avant ses coéquipiers. D'ailleurs ce matin-là avec Serge il fallait être dans le bon timing pour croiser quelques-uns uns de ses coéquipiers.
Se pose alors la question de savoir comment après une dizaine d'années passées au plus haut niveau au Biarritz Olympique, la motivation peut-elle rester aussi intense ? « Il faut toujours se remettre en question, répond l'intéressé. Le pire c'est quand on n'arrive pas à voir la vérité en face sur soi-même. Il reste toujours quelque chose à améliorer tout en tirant des leçons des points positifs. En ce qui concerne les défaites, la fatalité me semble trop facile. Etre dur envers soi-même est quelque chose de nécessaire. Ensuite, il est vrai qu'il faut parfois relativiser et comme j'ai tendance à être très sévère sur mes prestations, dès fois la vidéo m'aide à être objectif et à anticiper les réactions des entraîneurs. »

Après cette séance de récupération, Serge Betsen, l'homme aux cent points de suture, laisse sa tunique rouge et blanche pour le « costume » d'homme d'affaires. Depuis deux ans, il s'occupe d'un Spa : le Spa Kémana. En route, il ne cessera pourtant de parler de son association humanitaire au Cameroun : « Les enfants de Biemassy ». Une initiative de son président, Serge Betsen lui-même, qui a pour but d'aider les enfants défavorisés à travers le rugby. Créée en 2004 avec l'aide de Marie Etcheverry, orthodontiste et vice-présidente de l'association, « Les enfants de Biemassy » a germé dans la tête du troisième ligne au Cameroun. Homme de cœur, Serge Betsen a découvert le rugby en Afrique grâce à son cousin qui s'occupe de la rugby académie de Yaoundé et c'est suite à cela que le projet a commencé à prendre forme. « J'aimerai beaucoup que les enfants de l'association deviennent des hommes grâce au rugby en ayant appris les qualités propres à ce sport qui sont respect, partage et convivialité. C'est une philosophie importante et j'espère plus que tout que les enfants camerounais capteront l'essence même de ce jeu. » En attendant et pour ceux qui en doutaient l'apparition du troisième ligne basque dans le calendrier des Dieux du Stade l'an passé a été totalement motivé par l'envie de donner encore plus de matériel pour « Les enfants de Biemassy ». N'en déplaise aux dames.
Avec le BOPB, l'association, le Spa Kémana et par dessus tout sa famille, les occupations ne manquent pas pour ce fondu de boulot. Il aurait pourtant pu en être un peu différemment la saison dernière. Les tigres du Leicester lui faisaient les yeux doux moyennant quelques jolis placements à la City. Finalement, candide, Serge préféra cultiver son jardin d'Aguiléra. « C'est en quelque sorte une histoire d'amour avec Biarritz, explique-t-il d'une manière très retenue. La création du Spa m'a fait réaliser que pour pouvoir réussir ce challenge extra sportif, il ne fallait pas partir. De plus, beaucoup de personnes autour de moi m'ont fait prendre conscience de la réalité d'une entreprise. Malgré tout, il est vrai que je me suis toujours senti proche des clubs anglais, de leur philosophie et de leur application au travail. »

A l'époque les mauvaises langues n'hésitaient pas à évoquer l'attrait de Leicester comme un choix pécuniaire plus que sportif. Il en est tout autrement comme en témoigne son collègue et ami, Benjamin Capilla, responsable marketing du Spa : « Quand on connaît Serge, on comprend de suite que ce n'est pas le portefeuille de Leicester qui l'a séduit. Sa première motivation était la suivante : Que pouvez lui apporter la préparation anglaise ? Il reste toujours dans sa quête de la perfection et du professionnalisme jusqu'au bout des ongles. » Une fascination pour la perfection qui se traduit par le Spa Kémana (Kémana venant du basque Kemen qui veut dire énergie et vitalité). Situé sur la côte des Basques, au carrefour Hélianthe juste à côté de la façade à l'effigie de Serge Blanco, le Spa est la « deuxième maison » professionnelle de Serge Betsen après Aguiléra. Dès l'entraînement matinal du BO terminé, il file rejoindre son centre.

Serge Betsen Avec le spa, le numéro 6 biarrot s'impose la même exigence que sur un terrain de rugby. « En 2004, juste avant sa création, j'avais une conception dans la tête d'un centre de relaxation, de détente. Je me suis aperçu ensuite que ce concept correspondait à ce que l'on appelait un spa, précise le joueur biarrot. Lorsque j'ai mis en place le concept du Spa Kémana je me suis rendu compte que cela existait avant mais au fond de moi je pensais sincèrement créer un produit qui n'existait pas. Pour moi, la conception d'un Spa est inscrite dans ma façon de voir les choses. C'est pour cela que ce lieu rejoint ce qui est le mot clé fixé dans ma vie : l'exigence. »

Trois étages de détente, massage, relaxation, fitness et tout cela dans la même optique inhérente à Serge Betsen et à son entreprise : prendre le temps d'écouter son corps et l'occasion par exemple d'apprécier un massage. En clair, la priorité du Spa Kémana est toute simple : le bien être. Dès qu'il s'agit d'évoquer cette entreprise, en revanche, l'assurance du joueur international vacille un peu. L'émotion est toute autre. Il s'agit plus que d'un simple projet professionnel. Le Spa est une partie intime de lui-même. « L'idée à la base c'était : Qu'est ce que je voulais donner aux gens ? Qu'est ce qu'ils voudraient ressentir ? Ici, on est pris en charge. Tout est fait pour se sentir détendu. Dans la société actuelle, les gens ont tendance à courir pour la performance. Moi, le premier. On cherche tous l'excellence mais malheureusement on oublie souvent d'être à l'écoute de son corps. Personnellement, mon corps est mon outil de travail et je me demande souvent si je suis à l'écoute de celui-ci ? Evidemment c'est plus parlant pour moi qui suis sportif de haut niveau mais c'est la question que chaque personne doit se poser intérieurement : Est-ce que je prends le temps de m'occuper de moi ? » Une conception de Serge Betsen qui, en quelque sorte, met son expérience et son sens de l'excellence au service du public.

Rugby et bien être, deux activités qui ne sont pas si éloignées que ça à en écouter l'intéressé. Des phrases telles que « marquer les gens » ou « être à la hauteur de la prestation » peuvent en effet s'appliquer autant pour l'entreprise de Serge Betsen que pour ses résultats sur le terrain. Ce traqueur d'ouvreur, infatigable plaqueur, va jusqu'au bout des choses aussi bien dans la vie que sur les pelouses. Timide, réservé, modeste et avec plein de retenue, Serge Betsen nous fait sur certains aspects penser à Zidane. Et lorsque le joueur basque avoue que son sportif préféré est l'ancien numéro 5 du Real Madrid, parce qu'il n'a pas besoin de flash pour exister, on ne peut lui souhaiter que le même sort, dans un an, sur la pelouse du Stade de France.

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