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Sébastien Chabal

L’éternel revenant

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Toujours aussi impressionnant en club avec Sale, Sébastien Chabal retrouve enfin l’Equipe de France après 15 mois d’absence. La tête bien posée sur les épaules, il sait qu’il a fait le plus dur. Il espère désormais pouvoir apporter au groupe sa contribution. Entretien en toute franchise.

Sébastien ChabalSébastien, franchement, qu'avez vous ressenti lorsque vous avez appris votre retour en Equipe de France ? *
Cela m'a vraiment fait plaisir. Il y a six mois, j'étais loin de me douter que je reviendrai dans le groupe. Avec la performance d'Elvis Vermeulen lors des tests d'automne et la concurrence au poste de troisième ligne, je commençais à ne plus trop y croire. Je suis vraiment très content de faire partie de la sélection qui a été retenue pour le Tournoi.

Votre histoire est décidément faite de multiples rebondissements...
C'est vrai et pour l'instant j'arrive toujours à m'en sortir non ? (rire)... Cela fait six ans que ce va et vient en Equipe de France dure pour moi. Parfois, je pensais jouer et ce ne fut pas le cas, d'autres fois, ce fut l'inverse. Au début, j'avais du mal à le vivre. Avec l'expérience, aujourd'hui, je me dit que tout ce qui m'arrive est normal. J'ai été jugé pour mes performances sur le terrain. Et je tiens à dire que je n'ai aucune amertume par rapport à tout ça.

Olivier Magne nous racontait le mois dernier que l'on ne sait jamais vraiment si l'on va être appelé. Vous n'aviez tout de même pas un pressentiment après vos bonnes prestations en club avec Sale ?
Non, vraiment pas. Vous savez, j'ai plus que tout envie de jouer la Coupe du monde. C'est un objectif qui dépasse tous les autres. Après les tests d'automne, comme je n'avais pas été sélectionné, je savais qu'il était primordial de faire partie de la liste des 40. Mais avec les performances d'Elvis et des autres, je savais aussi que cela allait être très difficile. Il n'y avait aucune certitude.

L'exposition médiatique de vos matches de H-Cup face au Stade Français et vos deux bonnes prestations ont tout de même bien fait pencher la balance ?
Bien sûr. On a beaucoup parlé de ces deux matches. Bernard Laporte s'est déplacé spécialement pour nous voir jouer. Et c'est vrai aussi que mes deux prestations n'ont pas été trop mauvaises. J'ai marqué des points mais on n'est jamais sûr de rien.

En France, en tout cas, votre cote de popularité n'a jamais été aussi haute ?
(un peu surpris)... J'ai eu beaucoup d'échos positifs depuis un mois et demi, mais je ne l'ai pas tellement ressenti. Je m'en soucie moins à dire vrai. Un jour on vous porte au sommet, le lendemain vous n'êtes plus rien. Il ne faut pas trop se laisser influencer par tout cela. Ce n'est pas comme cela que l'on construit une carrière. La vérité se situe toujours sur le terrain.

Votre côté « terrien », barbe et cheveux longs, tout cela vous rend aussi attachant, vous ne croyez pas ?
Peut-être... Si je suis comme ça, c'est avant tout parce que je suis un peu feignant. Ce n'est pas du tout réfléchi. Aller chez le coiffeur n'est pas vraiment mon passe-temps favori. Mon aspect fait peut être un peu peur ou me donne un côté rebelle, je n'en sais rien. Je pense que les gens aiment avant tout ma façon de jouer et qu'ils me distinguent un peu plus que les autres.

En Angletterre, vous avez en tout cas fait l'unanimité.
Le public m'a pris comme chouchou très vite, c'est vrai. À Sale, j'ai tout de suite été bien accueilli. Je crois que mon attitude sur le terrain leur a plu aussitôt. Ils attendait ce type de joueur à mon poste depuis longtemps aussi. Et puis, le fait d'être Français a joué aussi en ma faveur.

Néanmoins pendant un moment, cela ne vous a-t-il pas desservi de jouer en Angleterre. Vous auriez pu revenir en France ?
Je ne crois pas que cela soit un désavantage. Regardez Seb ou Rapha (ndlr : Bruno et Ibanez), ils ont été rappelés à partir du moment où ils sont arrivés en Angleterre. Aujourd'hui, le sélectionneur nous suit. Il sait ce qui se passe. Je n'ai pour l'instant pas l'intention de quitter Sale. Il me reste une à deux années de contrat. Il me tient à coeur de les honorer. La France ne me manque pas si ce n'est la famille et les amis que l'on voit moins suivant. Mais mon mode de vie n'a pas changé depuis que je suis installé ici. C'est une belle opportunité qui nous est offerte en tant que sportif de haut niveau de connaître d'autres pays, d'autres cultures. C'est une chance, il ne faut pas l'oublier.

D'un point de vue sportif, en Angleterre, vous bénéficiez aussi d'un calendrier plus allégé (début janvier les clubs anglais en étaient à leur 13e journée de championnat contre 18 en France)...
Pas tant que cela en fait. Il ne faut pas oublier que l'on a dû jouer la Coupe anglo-galloise et que durant les fêtes, il n'y a eu aucune trêve. Décembre, ça a été un marathon rugbystique. Nous sommes certainement moins frais aujourd'hui que certains.

À l'heure où de nombreux changements sont dans l'air, que Serge Blanco a annoncé le boycott des clubs français l'an prochain en Coupe d'Europe, quelle formule vous semble la meilleure ?
C'est une question très compliquée. Beaucoup de gens compétents sont actuellement en train de réfléchir à des solutions mais cela n'aboutit pas. En Angleterre, l'élite se compose de 12 clubs et cela fonctionne très bien. Le problème n'est pas là. Il se situe au niveau global et la répartition des blocs de compétition. Nous jouons un coup en championnat, un coup en H-Cup, puis viennent les échéances en sélection. C'est là que les nations de l'hémisphère Sud sont en avance sur nous. Elles ont un calendrier limpide et c'est primordial. Après, il est dommage d'en arriver à un boycott. Au moins, la qualification sera plus facile pour l'année prochaine. Tous les clubs anglais y seront (rire).

Pour en revenir à l'équipe de France, savez-vous ce qu'attend l'encadrement tricolore de votre part ?
Je n'en ai aucune idée. J'espère en tout cas que ce n'est pas pour jouer en 6 ou en 7. Ce n'est pas le poste pour lequel je m'entraîne tous les jours. J'espère vraiment qu'ils m'ont pris pour jouer en 8. Je ne sais pas non plus comment cela va se passer à Marcoussis pendant sept semaines. Si la tactique est de faire avancer l'équipe, de franchir les défenses grâce à quelqu'un de puissant, c'est mon registre. Alors tant mieux. Mais c'est aussi celui d'Elvis qui a démontré toutes ses qualités.

Et si votre rôle consistait à jouer les « impact player » (ndlr : joueur qui ne dispute que les dernières minutes et apporte fraîcheur et puissance à un moment stratégique de la partie), cela vous conviendrait ?
Si c'est comme cela que je peux être le plus efficace pour l'équipe, je serai très content de le faire. Et si cela m'assure une place dans le groupe dans la durée, cela me convient très bien. Je vous dirais même que de simplement avoir été retenu dans les 40, de profiter des installations et du programme de travail de Marcoussis, même si je ne joue pas, cela me va. Car après, tout peut arriver.

Pourquoi y a-t-il tant de différences entre vos prestations en Equipe de France et en club ?
Je ne sais pas. C'est dans la tête et je n'arrive pas à me l'expliquer. Le rugby, c'est 80% de mental. Est-ce parce que je représente mon pays ou autre chose ? Je ne sais pas. Ma femme m'a conseillé d'aller voir un psy. J'ai vu celui de l'équipe de France, mais il n'y a pas eu de suivi ensuite... On verra bien tout cela pendant le Tournoi.

Puis, il y aura la Coupe du monde. Qu'est-ce qu'elle représente pour vous ?
C'est l'événement majeur de la carrière de tous les joueurs français de ma génération. On ne peut pas rêver mieux que de disputer une Coupe du monde avec son pays et dans son pays. Faire partie du groupe des 30 qui sera du voyage, ce serait énorme.

Alors que peut-on vous souhaiter pour cette année 2007 ?
D'y être et d'avoir la santé pour y être.

*Cet entretien a été réalisé deux semaines avant le début du Tournoi.

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