Accueil » Dans la peau de ? » Rougerix le Gaulois
Par Stéphane Barnoin
Nous sommes en 2006 après Jésus-Christ, tout le Top 14 est occupé par le Sud-Ouest... Toute ? Non ! Un village peuplé d’irréductibles gaulois résiste encore et toujours... À leur tête, un jeune homme turbulent et cassse-cou devenu, à tout juste 26 ans, une icône du rugby auvergnat. Capitaine d’une ASM regonflée, véritable figure locale, bientôt père de famille, Aurélien Rougerie a pris assurance et épaisseur. Le nouveau chef du village arverne, c’est lui !
La cicatrice commence juste derrière l'oreille droite, elle se prolonge jusqu'à la base du cou. Dix centimètres de peau rougie et recousue, stigmate d'une terrible manchette infligée il y a quatre ans par le talonneur anglais Phil Greening. Seule fêlure dans l'armure du guerrier. Car Aurélien Rougerie, c'est d'abord un physique. Impressionnant. Intimidant. 1,94 m et plus de 100 kg de muscles, des épaules saillantes et des avant-bras larges comme un tronc d'arbre. « J'aimerais bien être plus discret, mais quand je me balade en ville avec ma grande carcasse, je suis vite repéré ! » sourit-il.
Dans les rues de Clermont, l'ailier de l'ASM est un repère, incontournable et familier. Une sorte de puy de Dôme mobile. L'enfant du pays aime sa ville, et celle-ci le lui rend bien. Parfois trop même... « Bien sûr que les regards et les sollicitations sont parfois pesants, notamment quand on recherche un peu d'intimité. Mais bon, les gens ici sont tellement mordus de rugby, ce serait quand même moche de me plaindre non ? » Alors Aurélien assume. Un autographe ? Pas de problème. Les voisins qui fêtent l'anniversaire du petit ? A peine sorti des vestiaires, le grand blond accepte de faire un détour pour saluer les invités. « Vous savez, quand on peut faire plaisir... », lâche poliment « Candy », comme l'appelle son pote Elvis Vermeulen.
Gérer la pression de l'environnement, rester disponible, sourire, saluer, signer : le prodige n'a pas vraiment le choix. Car au pied des volcans, la tribu Rougerie fait partie du décors. Le père, Jacques, alias « le Cube », a porté haut les couleurs de l'ASM il y a une trentaine d'années. Le pilier devenu chirurgien dentiste a même participé à l'une des sept finales perdues par les Auvergnats, contre La Voulte en 1970. A la même époque, Christine, la mère, arpentait les parquets de France et d'Europe avec les Demoiselles du CUC, pour une épopée qui a marqué à jamais l'histoire du basket français. L'ex-« grande Dudu », comme on la surnommait, a troqué le short et les baskets pour le tailleur et les responsabilités politiques : elle est depuis 1995 adjointe aux sports à la municipalité...
« Avec des parents comme eux, j'avais forcément le sport dans les gênes ! » s'amuse le deuxième fils de la fratrie. Après un rapide passage par la case basket, Aurélien le turbulent enfile sa première tunique asémiste. Il a alors 7 ans. « J'ai tout de suite adoré le jeu et l'ambiance, se souvient-il. L'atmosphère autour des matches, les voyages en bus avec les copains, le mélange des générations entre les jeunes joueurs et les vieux dirigeants passionnés qui nous accompagnaient... C'était vraiment des moments très forts, très conviviaux, que je n'oublierai jamais ». Premier grand frisson : une finale du championnat Espoirs, contre Bourgoin. « J'étais encore en Reichel, mais on s'est fait sortir assez tôt en phase finale. Au dernier moment, j'ai été surclassé pour jouer avec les Espoirs. On a perdu, mais c'était un gros truc pour moi ! »
Un truc tellement gros que les études passent très vite au second plan. Il faudra que le paternel insiste lourdement pour convaincre le fiston de passer son bac. Celui-ci finira par s'incliner, un peu à contre-cœur quand même... « Dans le fond, je sais qu'il avait raison, mais franchement, je n'ai jamais été un élève très impliqué et volontaire. Cette année-là, j'ai dû jongler entre le boulot au lycée d'un côté, les entraînements et les matchs de l'autre. J'étais totalement naze, mais bon, au bout du compte, je décroche quand même un bac commercial ! »
Vingt ans après avoir chaussé ses premiers crampons, Aurélien Rougerie est toujours là. Fidèle à ses racines. « Les choses n'ont pas toujours été faciles, on n'a pas forcément eu les résultats espérés, ces dernières années notamment. Mais l'ASM, c'est mon club, ce sont mes couleurs. J'y suis très attaché. » Une histoire d'amour qui aurait pourtant pu s'arrêter à l'issue de la saison 2004-2005. Une saison en enfer, avant l'arrivée rédemptrice du « sorcier » Saïsset et la folle remontée qui a suivi. « La décision aurait certainement été très difficile à prendre, mais si on était descendus en Pro D2, je serais parti. Dans ce cas-là, les objectifs personnels et professionnels auraient pris le dessus », tranche-t-il. Mais de descente, il n'y eut pas. De rupture non plus donc... Au contraire.
Car de simple figure de la maison asémiste, l'ailier international est devenu l'emblème, le porte-parole. « Roro » le réservé a dû forcer sa nature pour se mettre dans la peau d'un capitaine. Montrer l'exemple, encore et toujours. Et transmettre à des coéquipiers de passage les valeurs d'un club à qui l'on a si souvent reproché d'en manquer... « La culture ASM, je l'ai toujours eue en moi, explique-t-il. Après, arriver à la faire partager à des joueurs qui viennent d'horizons très différents, ce n'est pas évident. Cette année heureusement, l'effectif a peu bougé, on a gardé un groupe homogène, stable, et ça se ressent au niveau de l'état d'esprit. Je sens les gars beaucoup plus impliqués ».
Papa Rougerie, qui ne rate pas un match, apprécie chaque week-end depuis les tribunes la mutation de son garçon : « Ce capitanat, il faut le dire, c'était une sorte de bâton merdeux dont personne ne voulait dans l'équipe, assène le « Cube » avec son franc-parler habituel. J'ai simplement dit à Aurélien que c'était un honneur qu'on lui faisait, et que s'il se sentait l'âme d'un meneur, il devait accepter. Il a eu le courage de mettre ses performances de côté pendant un temps pour se mettre au service du groupe. Ca aurait pu lui péter à la gueule, mais aujourd'hui, on voit qu'il parle, qu'il est écouté. Je suis content pour lui. »
Le nouveau chef de la tribu arverne veille donc sur ses ouailles. Il les couve, les protège, au point de se féliciter de l'éclosion de jeunes estampillés « produits régionaux ». « Je remercie Vern Cotter de leur faire confiance, insiste-t-il. D'une part parce que ce sont des joueurs du cru, d'autre part parce qu'ils viennent bousculer les anciens, qu'ils nous stimulent. Du coup, on n'entre plus sur le terrain en faisant la gueule, avec l'angoisse de se prendre une branlée... Le groupe a retrouvé le plaisir et l'enthousiasme qui nous manquaient. »
A la tête d'une armée Jaune et Bleu transfigurée depuis l'été, Aurélien Rougerie prend aussi le temps de s'épanouir en dehors du pré. Loin du champ de bataille et de ses âpres combats, les projets fourmillent. Amandine, sa compagne, est enceinte. « On va avoir des jumeaux, un garçon et une fille, histoire d'assurer la descendance ! », s'emballe le futur papa, qui a carrément fait l'aller-retour en Corse cet été pour annoncer l'heureuse nouvelles à ses parents. Reste maintenant à trouver un terrain à construire, « de préférence avec vue sur la chaîne des Puys », pour loger sa petite famille et ses deux chiens, Avrel le Labrador et Anouk le Doberman.
Autre échéance, dans un tout autre registre : l'ouverture prochaine d'un restaurant italien dans le sud de l'agglomération clermontoise. « Par curiosité, j'avais envie de toucher à autre chose, de découvrir un monde que je ne connaissais pas, explique-t-il. Avec Eric Lecomte (ancien deuxième ligne de l'ASM, ndlr), qui participe aussi au projet, on a eu la chance de pouvoir s'entourer de gens aguerris, de professionnels qui ont déjà fait leurs preuves dans le milieu de la cuisine. »
Les enfants, les affaires, la maison, le club, et la coupe du monde qui se profile... « A seulement 26 ans, ça fait quand même un peu beaucoup non ? », plaisante-t-il. « Je vais vivre une année importante à plus d'un titre, c'est clair, mais franchement, je me sens bien dans ma peau et dans ma tête. J'ai l'impression d'être un garçon épanoui. » Montrer l'exemple. Assumer ses responsabilités. Gérer la pression. Aurélien Rougerie n'a pas peur. Allea jacta est, comme dirait l'autre !
ASM CLERMONT AUVERGNE
Ses restaurants
-L'Atelier : place du 1er Mai, 63100 Clermont-Ferrand. Tél. : 04 73 91 09 94
« Tout près du stade, un endroit sympa, avec une déco contemporaine. C'est un peu ma cantine »
-L'Auberge de la Moréno : Col de La Moréno 63122 Saint-Genès Champanelle. Tél. : 04 73 87 16 46
« Au pied du puy de Dôme, une petite auberge typique de montagne, idéale pour se faire une bonne bouffe régionale avec truffade ou pavé de Salers par exemple »
-Le Bœuf Café : 15 rue des Petits Gras 63000 Clermont-Ferrand. Tél. : 04 73 36 64 15
« En pleine zone piétonne, en contrebas de la rue, dans un bâtiment en vieille pierre de Volvic. Une très bonne adresse pour manger de la viande »
Ses bars
-Le Boca Chica : rue Sainte-Claire 63000 Clermont-Ferrand
« Un bar qui vient d'ouvrir tenu par deux inconnus, Alexandre Audebert et David Barrier... C'est vite devenu l'un de nos lieux de rendez-vous pour boire un coup après les matchs »
-Le Viennois : 3 rue Barrière de Jaude 63000 Clermont-Ferrand. Tél. : 04 73 34 12 74
« A deux pas de la place de Jaude, l'une de mes adresses préférées »
Sa balade préférée
-Le tour du lac d'Aydat, dans la chaîne des Puys : « un endroit magnifique, où j'adore me promener avec mes chiens. De préférence hors-saison, sinon il y a trop de monde ! »
Ses incontournables
-la place de Jaude : « après plusieurs années de travaux, la place s'est refait une beauté. Je trouve la rénovation réussie, elle est maintenant bordée de terrasses, c'est beaucoup plus sympa qu'avant ! »
-le stade Marcel-Michelin : « même pour les gens qui ne connaissent rien au rugby, c'est un lieu chargé d'histoire, convivial, duquel se dégage quelque chose de particulier. Il y a une ambiance, une atmosphère... »
« Si je pouvais, je changerais de voiture tous les jours ! Vu les prix, j'essaie de me maîtriser et de ne pas faire trop de folies, mais franchement, c'est une vraie maladie chez moi... En ce moment, j'ai une Porsche. Quand j'ai un peu de temps libre, je file au centre d'essais de Michelin à Ladoux, près de Clermont. J'ai suivi une formation pour participer à des tests d'adhérence sur piste humide. L'objectif, c'est de pousser la voiture jusqu'à la rupture, puis de récupérer le contrôle de l'engin. A l'époque où « Charly » Magne était à l'ASM, on faisait aussi des sorties en avion de temps en temps. Il venait de passer son brevet de pilote, c'était sympa. J'adore l'idée de repousser mes limites, de découvrir de nouvelles sensations. Là, avec la paternité qui approche, il va falloir que je me calme un peu quand même... »
Voisin de la famille Rougerie, l'ancien talonneur international a vu grandir le « petit » Aurélien avant de le coacher en Reichel. L'entraîneur est devenu admirateur.
« Déjà, gamin, c'était un jeune hors norme, avec un potentiel exceptionnel, le genre de joueur qui voit le jeu avant les autres et qui fait tout plus vite que les autres. Pour un formateur, avoir un champion comme ça sous le coude, c'est que du bonheur ! Il a connu un passage à vide l'an dernier, comme toute l'équipe d'ailleurs, mais il revient très fort. Avec son gabarit de deuxième ou troisième ligne, il apporte une puissance phénoménale, il fait constamment avancer ses coéquipiers. Et puis dans la tête, c'est un gagneur, un meneur, un type qui sait se faire écouter. S'il progresse encore techniquement, notamment en défense, son seul petit point faible encore, alors il va devenir un grand du rugby mondial, c'est sûr. »
Copyright © 2007 XV Rugby Tous droits réservés. | conditions d'utilisation | contactez nous | XHTML 1.0