XV Rugby

Cliquez pour lire la suite...
Abonne-toi

Accueil » Interview » Quatre semaines avec Yannick Jauzion

Quatre semaines avec Yannick Jauzion

L’homme ne se livre pas facilement.

Entretien réalisé par Julien Vitry

L’homme ne se livre pas facilement. Alors, lorsque les Bleus commencent leur tournée en encaissant une raclée, Yannick ne fanfaronne pas. Mais pas à pas, de Marcoussis aux vestiaires du Stade de France, le trois quarts centre du XV de France a bien voulu nous confier ses impressions sur ces tests d’automne.

Acte 1 : La claque des Blacks (47-3)

Yannick, comment se sont passés les jours qui ont suivi la lourde défaite de Lyon ?
On a beaucoup revisionné le match pour analyser ce qui n'allait pas. C'était très important d'avoir une autre vision de cette rencontre et de passer à la suivante. Il y a vraiment des raisons d'y croire. Nous sommes frustrés car nous avons beaucoup tenu le ballon sans marquer et, du coup, nous nous sommes découverts.

Il y a une si grosse différence que ça entre l'équipe de France et les Blacks ?
Non. Ces 47 points, c'est trop gros par rapport à la physionomie du match. En seconde mi-temps, nous avons joué à tout-va, sans essayer de poser le jeu. Nos avants étaient fatigués et nous avons alors perdu beaucoup de ballons. Il aurait sans doute fallu prendre quelques points au pied. Cela aurait été une bonne solution dans un premier temps. Puis nous n'avons eu qu'une semaine de travail avant ce match, ce qui ne suffit pas.

Quels sont les enseignements de cette rencontre ?
L'important est de varier, de s'adapter à la défense de ses adversaires. Là, nous nous sommes retrouvés trop souvent devant sans passer. Mais ce match est à oublier. Nous l'avons mal abordé en sous-estimant l'opposition. Cela ne se reproduira pas.

Les deux mois qui viennent de passer en championnat ne vous ont pas trop pesé dans les jambes ?
Je ne pense pas. Je l'ai dit depuis le début de la saison, nous paierons cette accumulation de matches à la fin de l'année. Pour le moment, nous nous sentons bien.

Dans quel état d'esprit êtes-vous avant d'aborder la seconde confrontation face aux Blacks ?
Nous voulons donner notre maximum et avant tout gagner ce match. Nous devons nous racheter après notre mauvaise performance. Cela passe par plus d'agressivité, comme Christophe Dominici l'a souligné, et surtout par une meilleure stratégie, avec principalement un changement dans la façon dont on se présente dans les zones de rencontres. Ca, eux l'ont bien compris.

Prendre une revanche, ce serait quoi ?
Déjà, ce serait dominer les Blacks dans l'organisation du jeu, par ce que l'on peut produire. Lors du premier match, on y est arrivé lorsque l'on possédait le ballon, mais nous l'avons perdu trop facilement, ce qui nous a coûté cher. Nous souhaitons montrer un autre visage de la France, plus dominateur. La solution est dans la variété du jeu proposé.

Cet écart a beaucoup frappé les esprits. Le public a été déçu.
Je le comprends mais il faudra faire le bilan à la fin des tests. Vraiment, c'est important. S'ils nous remettent 40 points comme on l'a pensé à la fin du premier match, alors là, oui, ils seront effectivement bien supérieur. Mais je ne le pense pas. Nous étions trop désorganisés à Lyon, cela ne devrait pas se reproduire.

Acte 2 : L'orgueil n'a pas suffit (23-11)

Le score semble cette fois plus proche de la réalité. Quel est le sentiment qui prédominait dans les vestiaires à la fin de la rencontre ?
Nous avons rectifié le tir par rapport à la semaine précédente. Ils étaient plus à porter de fusil cette fois. Malheureusement, nous avons manqué de fraîcheur en fin de match pour pouvoir les passer et être plus tranchants. Nous avons aussi essayé de mieux varier le jeu, en utilisant plus le pied, pour leur mettre la pression. Mais là-aussi, il y a des erreurs qui nous coûtent cher en fin de première période (ndlr : chandelle ratée de Rougerie qui provoque un contre de 60 mètres).

Par rapport à la première rencontre, justement, comment vous sentiez-vous physiquement au coup de sifflet final ?
C'est dur ! On a jeté tout ce que l'on avait dans la bataille. Mais personnellement, je me sens aussi fatigué que la semaine précédente. J'ai peut-être manqué de tranchant à certains moments.

Le rôle des deux centres (avec Florian Fritz) a été plus défensif également ?
Nous avons effectivement laissé le ballon beaucoup plus aux All Blacks. Ils sont tellement dangereux sur les contres que l'important pour nous était d'occuper d'abord le camps adverse et de les presser avec du jeu au pied.

Sans cet essai en contre, le scénario était presque parfait finalement ?
Sans prendre ce contre « bêtement », il y aurait eu moins d'écart. On aurait pu espérer revenir. Mais c'est comme ça. Il faut être solidaire dans ces moments-là et savoir rebondir.

Le prochain face à face avec les Blacks pour vous, désormais, cela devrait être en Coupe du monde. Quel est le message que vous auriez envie de leur faire passer ?
Je les félicite. Ils se débrouillent pour être toujours présents. Ce sont des compétiteurs hors pair, qui ne lâchent rien. Même si on dit qu'ils passent une semaine tranquille, qu'ils vont à Euro Disney, font les touristes, lorsqu'ils sont sur le terrain, ils répondent bien présents.

Acte 3 : Troisième semaine à Marcoussis

Entre deux rencontres, vous pouvez nous raconter comment se passe le quotidien au centre d'entraînement de l'Equipe de France ?
A part les entraînements, on ne fait pas grand chose. Mais en dehors du terrain, nous avons des séances de vidéo, de la récupération, un peu de musculation. On est bien occupé. Nous avons juste une demi-journée de off en milieu de semaine. Moi, j'en profite pour faire autre chose que du rugby. Cela me fait du bien aussi de me changer les idées. La première semaine, je suis allé me faire un petit golf par exemple.

Ces périodes de mise au vert ne sont pas un peu longues parfois ?
A force cela peut le devenir, mais lorsque l'on ramène un bon résultat, ça motive. Là, après les défaites contre les Blacks, on a plutôt impatience d'en découdre avec les Argentins et de terminer sur une bonne note.

Comment ce passe la cohabitation avec Florian Fritz avec qui vous partagez la même chambre pendant tout ce temps ?
On a l'habitude car c'est aussi comme cela quand on se déplace en club. Comme sur le terrain, il y a une bonne complémentarité entre nous. On passe le temps comme on peut en jouant à quelques jeux de société ou au poker quand il y a une partie d'organiser avec d'autres.

Durant ces trois semaines à Marcousis, vous avez effectué des séances d'entraînement spécifiques pour le poste de demi d'ouverture ?
Non, pas du tout. Si jamais je devais occuper le poste de numéro 10, je le ferais selon mes sensations du moment. Ca ne m'inquiète pas. J'ai joué à quatre reprises à ce poste à Toulouse, mais également plus jeune à Graulhet. Mais c'est surtout la dynamique du collectif qui fait la différence pour un ouvreur. Si le groupe avance, c'est toujours plus facile.

Vous ne préfériez pas qu'il y ait un demi d'ouverture de métier, au moins sur le banc ?
La question ne se pose pas puisque le sélectionneur l'a décidé ainsi. C'est son choix. Cela fait du bien aussi de temps en temps de devoir se mettre en avant, de devoir prendre des responsabilités.

Yannick Jauzion, sur une pénalité en coin de 40 mètres, ça donne quoi ?
(rire) Ca fait un moment que cela ne m'est pas arrivé (il réfléchit)... Je m'entraîne parfois pour m'amuser à l'entraînement et je suis capable de réaliser de beaux coups de pied. Nous faisons même quelques fois des petits concours avec d'autres et je ne suis pas mauvais. Mais franchement, je ne sais pas ce que cela donnerait à la 80e minute d'un match si l'on était mené d'un point.

Epilogue : Une victoire (27-26) et du travail en perspective

Enfin une victoire... Ce fut étriqué.
On a permis aux Argentins de revenir alors que l'on menait bien cette rencontre. C'est dommage que l'on ait pas continué sur le même tempo ce match qui avait bien démarré, car il y avait beaucoup de choses positives. On aurait pu conclure la partie plus tôt, avec un essai ou des pénalités supplémentaires.

Vous êtes sorti trois minutes avant la fin, la seule fois lors de ces tests. Un peu de fatigue ?
Non, juste des crampes. Je pense surtout que les deux premiers matches nous ont coûté pas mal d'énergie mentale. Lorsque tu perds deux fois de suite, tu laisses du jus physiquement mais aussi dans ta tête. Nerveusement, c'est difficile à encaisser. Mais nous avions bien abordé cette rencontre de ce point de vue là. Par rapport aux Blacks, on a aussi vu que lorsque l'on mettait du mouvement, les Argentins avaient du mal à suivre. Et ça, c'est aussi rassurant à l'entame d'un match. C'est ce que nous devons faire maintenant pendant 80 minutes. C'est une rencontre en tout cas intéressante sur laquelle l'équipe de France pourra se baser. Il y a eu de bonnes courses, une bonne complémentarité entre nous.

Bernard Laporte a dit que c'était finalement mieux que vous n'ayez pas gagné de 40 points dans l'optique de la Coupe du monde, histoire de ne pas être trop euphorique. Vous êtes d'accord avec lui ?
Oui, cela prouve qu'ils ne sont pas loin de nous, qu'ils sont accrocheurs, qu'ils ont cette faculté à ralentir les sorties de balles et qu'il est difficile de produire un jeu propre face à eux.

Quel est le bilan global de ces tests ?
Nous avons eu la chance de pouvoir jouer contre ce qui se faisait de mieux au monde, les Blacks, puis face à une équipe dangereuse, l'Argentine. Nous avons prouvé que notre jeu était en place. Mais nous devons parvenir à travailler avec un peu plus d'intensité dans les mois qui viennent, surtout dans les moments où l'on a le ballon et lorsque l'on percute la défense. Il faut être plus tranchant. C'est cela qui va créer l'écart face aux Blacks notamment. Eux nous ont battus comme cela. Mais sur le fond, je pense que l'organisation a été sereine après notre première défaite.

Archives

Newsletter :

Copyright © 2007 XV Rugby Tous droits réservés. | conditions d'utilisation | contactez nous | XHTML 1.0