Entretien réalisé par Julien Vitry
À 33 ans, Olivier Magne sait qu’il entame certainement en 2007 sa dernière ligne droite en tant que joueur. Il quittera en juin prochain les London Irish et mettra peut-être un terme à sa carrière. Une carrière qu’il terminerait bien en beauté avec un titre de champion du monde... Retour sur dix ans de rugby au plus haut niveau avec l’un des personnages les plus attachants d’Ovalie.
Nous abordons ce mois-ci dans XV Rugby la nouvelle ascension des pays celtes. Vous qui avez affronté cette impressionnante équipe de l'Ulster dans votre poule de H-Cup et qui portez le maillot des London Irish, ça ne doit pas vous laisser insensible ?
Oui, c'est vrai. L'Irlande, plus particulièrement, récolte les fruits du travail qui a été fait depuis de nombreuses années. Ils ont restructuré leurs clubs avec la création des provinces. Les internationaux jouent souvent ensemble et peuvent difficilement sortir de leur pays. On retrouve-là ce qui se fait dans l'hémisphère Sud, en Nouvelle-Zélande et en Australie notamment. Je suis très copain avec Kieron Dawson (NDLR : ancien joueur des London Irish), qui est retourné chez lui en Irlande à la fin de la saison dernière. Il me raconte souvent comment se passe la préparation, leurs plages de récupération. C'est incroyable !
Les Celtes semblent avoir dégoté la bonne formule ?
Je ne sais pas, mais pour les joueurs irlandais le système des provinces est idéal. Il n'y a pas de périodes trop chargées. Au final, ils ne jouent que 25 matchs par an au maximum. C'est le calendrier que tout rugbyman devrait avoir.
En Angleterre, en revanche, ce n'est pas trop ça...
Il y a d'après moi un problème structurel ici. Les jeunes jouent par exemple peu. Dans les catégories espoirs ils disputent, à tout casser, une dizaine de matchs par an. Ils n'ont pas l'occasion de s'aguerrir avant d'évoluer au plus haut niveau. Ensuite, les Anglais subissent encore trop l'influence du rugby à 13. Il y a quasiment un entraîneur par ligne. C'est trop. Je me demande comment le message du sélectionneur peu passer dans ces cas-là.
Même les clubs ne marchent pas trop fort ?
Il y a un gros problème effectivement et beaucoup de conflits internes. Le rugby anglais doit trouver un arrangement au plus vite. Si les résultats de l'équipe nationale ne suivent pas dans les mois à venir, il va devoir y avoir une restructuration importante.
En France, avec le Top 14, on a trouvé une solution plutôt bonne, non ?
La réduction de l'élite devait se faire, c'est une certitude. Beaucoup de joueurs souhaitaient cette poule unique pour pouvoir jouer contre tous les clubs, ce qui n'étaient pas le cas avant. On constate aussi que la billetterie suit bien aussi. Maintenant, il ne faut pas que le rugby se réduise à deux, trois clubs. Et je crois que la LNR a les moyens d'assurer l'hétérogénéité du championnat.
Alors vous dans tout ça, quel plaisir éprouvez-vous en jouant au rugby aujourd'hui ?
J'aime ce jeu ! En Angleterre, je n'ai pas de pression. Je joue pour me faire plaisir, avec des joueurs de talent tant que possible. C'est aussi simple que cela. À 30 ans, l'envie sur le terrain est plus mesurée. On ne pense plus uniquement qu'à soi. Le plaisir que l'on peut donner aux autres, à ses proches, est plus important. On a envie de partager tous ces moments. J'ai vraiment envie de profiter de cette dernière année à Londres de cette façon. Et puis, j'espère revenir au plus vite en équipe de France.
À ce sujet, sur votre site internet (oliviermagne.sports.fr) vous racontez que la première fois que l'on vous a présenté votre maillot tricolore, vous n'avez pu retenir vos larmes. Qu'est-ce que cela représentait pour vous ?
Énormément de choses. Avec mes frères, nous adorions le rugby mais nous n'étions pas issus de ce milieu. Petit, porter un jour les couleurs du XV de France me semblait inaccessible. C'est tout cela qui m'est revenu en mémoire ce jour où Guy Accoceberry et Jean Luc Sadourny m'ont remis le maillot. J'étais très fier, pour moi et pour ma famille. J'ai pensé à eux et j'en ai pleuré.
Et aujourd'hui, cette tunique, qu'est-ce qu'elle représente ?
Elle fait partie des objectifs majeurs de ma carrière. Le plus dur finalement n'est pas de la porter, mais de pouvoir la garder. Je la porte depuis bientôt 10 ans (NDLR : 1ère sélection le 15 février 1997 contre le pays de Galles) et si on m'avait dit ça plus jeune, je n'y aurais pas cru. J'espère vraiment terminer ma carrière internationale sur une sélection en Coupe du monde, mais je sais qu'il peut se passer beaucoup de choses d'ici là.
Comment cela se profile pour vous ? Vous avez pu en parler avec Bernard Laporte ?
Je ne sais pas. Je n'ai pas eu trop de nouvelles, mais cela ne m'inquiète pas. L'encadrement de l'équipe de France à un oeil sur le championnat anglais. Il va y avoir aussi pas mal de joueurs sélectionner lors du Tournoi des VI Nations. J'espère en faire partie, mais je sais aussi que l'encadrement me connaît bien.
Mais vous ne savez pas encore si vous serez du groupe d'une quarantaine de joueurs appelés pendant le Tournoi ?
Non, mais on ne le sait jamais en avance. Ça ne se passe pas comme ça. Pour tout vous dire, j'ai toujours fait comme si on allait m'appeler au dernier moment, la veille du match. Souvent, c'est même dans les médias que j'ai d'abord appris que j'étais sélectionné. Il n'y a pas de coup de fil perso de l'entraîneur ou d'autres choses comme ça. Pour l'heure, ma philosophie serait plutôt « pas de nouvelle, bonne nouvelle ».
En y regardant de près, il y a tout de même une énorme adversité en troisième ligne ?
Ce n'est pas évident d'y faire son trou, c'est vrai. Mais il faudra voir quelle est la stratégie de jeu de l'équipe. Est-ce que l'on veut jouer défensif ou non ? Bernard peut se réjouir de pouvoir compter sur un tel panel de joueurs et de composer en fonction de l'adversaire.
D'ici la Coupe du monde, votre objectif va aussi être de trouver un nouveau club ?
J'arrêterai en fin de saison avec les London Irish, c'est sûr. Je ne pense pas non plus continuer à jouer en Angleterre, même s'il ne faut jamais dire jamais. Mais on verra bien ce qui se passe, ce que l'on me propose. C'est une décision que je prendrai en famille de toute façon.
Vous pourriez vivre à Paris par exemple ?
Ce n'est pas impossible. J'ai toujours rêvé de connaître cette expérience de la capitale. Mais pour le rugby, je n'en suis pas là dans ma réflexion.
Quel est finalement votre plus beau souvenir de rugby ?
C'est surtout une période. En 1998, nous avions atteint un niveau de jeu incroyable. Il y avait de grosses personnalités dans l'équipe. Et puis, je ne peux pas oublier la Coupe du monde 1999 et cette demi-finale contre les All Blacks. C'est une des plus grandes émotions de ma carrière.
Puisque nous sommes en période de voeux, qu'est-ce que l'on peut vous souhaiter désormais pour cette année rugbystique 2007 ?
La santé comme toujours (il réfléchit...) J'aimerai que la France gagne la Coupe du monde, si possible avec moi, mais avant tout qu'elle la gagne. Ce serait une belle année, non ?
Et à titre personnel, de beaux voyages autour du monde à bord d'un petit avion que vous piloteriez ?
Ce serait pas mal en effet (rires). Cela fait partie de mes rêves, j'adore le pilotage. Mais déjà, si je pouvais survoler la France, ce serait pas mal.
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