Propos recueilli par Julien Vitry
Cette année il a décidé d’hiberner. La faute à une vilaine entorse, rien de plus. Pas de calcul. Pas de désaveu non plus de Bernard Laporte qui ne se serait risqué à envoyer au charbon son plus fidèle serviteur. Fabien Pelous se soigne et s’il ne guérit pas, la Coupe du monde se fera sans lui. Parole de capitaine.
Fabien, comment se sont déroulées les premières semaines du Tournoi pour vous ? On ne vous a pas beaucoup entendu.
Bien, je suis le même programme que les autres sauf que je ne peux pas courir (sourire)... Lorsqu'ils vont jouer sur le terrain, moi, pendant ce temps, je fais du rameur, de la natation, des exercices en salle de musculation. Ma grosse inconnue est justement de savoir quand je fais pouvoir reprendre un entraînement normal. Je ne me fixe pas d'objectif pour ne pas me mettre la pression, et même tout simplement pour ne pas trop précipiter les choses. J'ai d'abord envie de bien récupérer de ma cheville. Si je peux jouer contre l'Ecosse, cela me fera énormément plaisir. Sinon, je prendrai mon mal en patience.
Quel est la nature exactement de cette blessure qui traîne ?
Je me suis fais une entorse de la cheville le 16 décembre en H-Cup avec le Stade Toulousain. J'ai d'abord craint la fracture. J'ai eu peur de m'être casser une malléole. J'ai été vite rassuré sur ce point à la radio. Mais du coup, je me suis fait une fausse idée sur ma blessure. Je n'ai pas imaginé qu'une grosse entorse me demanderait autant de temps pour récupérer. Je pensais pouvoir soigner ça en un mois et demi, mais je me suis trompé. Je me suis un peu avancé sur les délais qui sont beaucoup plus longs pour ce type de blessure. J'ai deux faisceaux du ligament qui sont cassés. Et pour tout vous dire, j'ai également commencé à ressentir début février des douleurs au jambier postérieur car ma cheville est encore instable. Le jambier compense trop. Le moindre choc me provoque encore une irritation à cause de cette cheville instable... et comme je fais 115 kg.
Vous avez une bonne connaissance du problème. On voit que vous avez une formation de kinésithérapeute ?
Ca m'aide à comprendre, mais cela ne m'empêche pas d'être frustré. Le patient Pelous n'est pas très commode avec ses blessures. Le problème du sportif de haut niveau est que sa pratique n'est pas forcément bonne pour la santé. Mais pour lui, ce n'est pas sa priorité. Le plus important est de pouvoir rejouer au plus vite. C'est pourquoi nous ne sommes pas toujours de bons patients. Moi le premier !
Pensez-vous tout de même pouvoir rejouer pour la reprise du championnat ?
... (il hésite). Je l'espère.
Mais alors que pensez-vous des déclarations de Bernard Laporte lorsqu'il dit qu'il serait inquiet si vous ne pouviez pas jouer encore pendant deux mois ?
Je suis d'accord avec lui. C'est difficile de sélectionner quelqu'un qui ne joue pas.
Cela vous trotte dans l'esprit ?
Non... sauf si je mets six mois pour revenir d'une entorse. Mais cela signifiera qu'il y aura d'autres problèmes. Pour l'instant ça va. Je bosse bien et je n'ai pas l'impression de perdre mon temps. Je suis frustré de ne pas partager la même émotion que les 22 qui jouent. C'est comme ça. Cela fait partie de la carrière.
Mais est-ce que le fait de vous dire qu'il y aura une Coupe du monde dans six mois et que cela reste l'objectif majeur ne vous aide pas à être patient pour l'instant ?
Franchement, c'est vrai que cette année n'est pas géniale pour moi. C'est vrai que cela avait déjà commencé l'an passé. Mais quand je regarde autour de moi, je constate que j'ai passé dix ans sans aucun pépin. Mais rien (il insiste). Alors ce n'est à cause de quelques blessures maintenant que c'est dramatique. Je me dis que j'ai plutôt eu la chance d'être épargné pendant dix ans et je ne vais certainement pas m'apitoyer sur mon sort aujourd'hui.
Votre présence à Marcoussis était-elle finalement nécessaire ?
Pour moi oui. Cela me fait beaucoup de bien d'être avec les autres, même si je ne joue pas en match. Si j'ai choisi de jouer au rugby, c'est justement pour cela. Pour cette ambiance que l'on partage avec les autres. Sinon, j'aurai fait du tennis ou je ne sais quel autre sport. Après j'essaie de donner l'exemple, même dans l'adversité, de montrer aux jeunes qu'il faut travailler même lorsque l'on est écarté des terrains. Et puis mes coéquipiers m'ont montré que, eux aussi, ils tenaient à ma présence. Ils se sont un peu habitués à force (sourire).
Mais vous intervenez dans les discussions en tant que capitaine ? Comment cela se passe-t-il exactement ?
Comprenons-nous bien. Il ne faut pas croire qu'il y a un mec qui gère tout en Equipe de France. Ca ne se passe pas comme ça. Bien sûr, je donne mon sentiment à Raphaël ou quelques autres. Mais c'est plus en tant qu'ami qu'autre chose. Je me méfie du regard que l'on peut porter sur le jeu des tribunes, sur des choses que l'ont ne vit pas directement. Ce n'est pas la même perception que l'on a sur le terrain. Le plus difficile à appréhender à la télévision, c'est la vitesse de jeu.
Et quelle est votre relation avec Bernard Laporte durant cette période où vous ne jouez pas ?
On discute des matches mais sans plus. Ma situation est la même que les autres blessés. On se croise. Il ne faut pas croire que l'on vit dans des mondes différents entre ceux qui jouent et les autres. Bernard vient nous voir de temps en temps aussi, mais il ne faut pas imaginer que l'on a besoin d'échanger nos points de vue toutes les deux minutes.
Votre blessure aurait-elle été la même à 25 ans ?
Qui c'est ? J'en ai fait des touches avant sans me blesser. C'est une question insoluble. Il y a une part de destin dans tout ça d'après moi. Je me blesse au moment où je réalise un très bon match, en fin d'année à un moment où le Stade Toulousain n'est pas au mieux. Pourquoi ? C'est le destin. On ne maîtrise pas tout et c'est pour cela que je vis les choses sereinement. Puis je n'ai qu'une entorse à la cheville. Je ne suis pas cul-de-jatte.
Cette période de repos forcé ne sera-t-elle pas finalement bénéfique dans quelques mois ? Ne serez-vous pas plus frais pour aborder la Coupe du monde ?
On verra bien...
Après plus de dix ans de carrière, ce n'est tout de même pas plus dur de récupérer ?
Ca va, je n'ai pas 60 ans. Entre 28 et 33 ans, il n'y a pas une si grande différence que ça. Je suis passé au travers de grosses blessures. Je ne me sens pas usé. Au niveau des cartilages par exemple, je suis en parfaite santé. Je n'ai pas non plus de problèmes tendineux. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Bernard a dit que nous ferions des vilains vieux. Je pense que je ferai un vieux sympa.
D'après vous, est-ce que ces 7 semaines de regroupement vont permettre de mieux appréhender la vie de groupe lors de la prochaine Coupe du monde ?
C'est un sujet dont on parlait déjà avant. C'est une de mes premières préoccupations. On parle depuis un moment des choses que l'on sent ou que l'on ne sent pas. C'est par exemple ce qui va nous permettre d'être plus vigilants face à la pression médiatique. Nous devons nous protéger de tout ce qui pourrait nuire à notre sérénité.
Vous avez eu l'occasion d'échanger vos points de vue sur la gestion d'un tel événement en France avec les capitaines d'autres sports comme Didier Deschamps ou Jackson Richardson ?
Non. Ce n'est pas la peine de tout sacraliser. Nous avons déjà joué pour la plupart une Coupe du monde. Il faut surtout se souvenir des raisons qui nous ont fait échouer en finale il y a 8 ans, et en demi il y a 4 ans.
Mais ce n'était pas en France ?
Mais nous l'avons vécu aussi la Coupe du monde 98 ! Nous avons vu l'engouement qu'il y avait. On connaît les attentes des Français et on se rappelle aussi que tout n'était pas rose les mois précédents la compétition. Vous croyez qu'il existe une recette miracle ?
D'un point de vue sportif désormais, quel regard portez-vous sur les premiers matches du Tournoi ?
Ils ont été très bien maîtrisés. On a eu cette faculté à se sortir de la pression et à bien défendre. Je pense que c'est la clé des deux premiers matches contre l'Italie et l'Irlande. On ne s'est jamais vraiment senti en danger sur ces deux matches, même si contre l'Irlande nous avons frôlé la défaite. Mais on a l'impression que l'équipe de France a bien maîtrisé son match.
Peut-on faire une comparaison avec les matches de cet automne ?
Mais ce n'est pas la même opposition, c'est ça qu'il faut vous mettre dans la tête. On a joué contre les meilleurs du monde et pour l'instant on n'est pas à leur niveau. Peut-être qu'on le sera pour la Coupe du monde, je l'espère. Les Blacks sont un niveau au-dessus de tout le monde (il insiste sur chaque mot).
Une dernière question. Après l'excellent match de Vincent Clerc, Christophe Dominici s'est réjoui de la concurrence entre ailiers. Comment appréhendez-vous celle existant en deuxième ligne ?
Plus il y aura de joueurs compétitifs, plus l'équipe de France sera tirée vers le haut. Le but est d'avoir demain la meilleure Equipe de France possible. Peu importe que ce soit Lionel Nallet, Pascal Papé, Jérôme Thion ou Fabien Pelous. Ce qui compte c'est que l'Equipe de France gagne ses matches. L'Equipe de France, c'est plus important que Fabien Pelous.
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