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Daniel Larrechea

L’enfant du Pays basque

Par Baptiste Le Beux

Enfant de Bayonne et chouchou du public bayonnais, Daniel Larrechea est parti de SA ville en 2005, direction l’Angleterre pour s’aguerrir et changer d’air. Après deux ans passés à Sale sous la direction de Philippe Saint-André, le divin chauve basque est revenu sur sa terre… vers sa culture et ses valeurs. Reportage du côté de l’Adour.

Daniel Larrechea - XV RugbyL’histoire de Barcus ou Barkoxe en Basque, petit village blotti au fond de la Soule et à la périphérie du Béarn, rapporte une aventure singulière, thème récurrent de sa Pastorale*. Au 19ème siècle, Jean Uthurburu, natif de la bourgade, parti pour l’Equateur afin de s’émanciper de sa terre natale et d’y faire fortune. Après trente années de travail acharné, et fort d’un titre de Vice-consul de France dans ce pays d’Amérique Latine, il revint à Barcus, riche et toujours amoureux de son village. A sa mort, il légua sa fortune au village, le faisant ainsi bénéficier de son aventure et de son expérience. L’histoire étant un éternel recommencement, ne serait-elle pas en train de se reproduire avec pour nouveau Jean Uthurburu, l’ouvreur-arrière de l’Aviron Bayonnais, Daniel Larrechea.


Comme son illustre ancêtre, Daniel est un enfant du pays… né à Bayonne… formé à Saint Pée sur Nivelle… amoureux de sa région : « C’est chez moi et j’y suis bien ancré ! » . Lorsqu’il pénètre dans le Bar du Marché, une brasserie tenue par son ami Christian, et qu’il parle l’Euskarra (la langue Basque), la scène est saisissante. « Comme dans cet établissement, il y a des endroits dans lesquels on aime se retrouver. C’est notre culture, notre identité ». Cette identité, Daniel la cultive. Petit, il parlait Basque chez lui, mais en arrivant à l’école, c’était le français qui dominait. « A force de moins parler notre langue, je me perdais dans les discussions, et il a fallu s’y remettre », avoue Larrech. « C’est une richesse. Il faut la conserver et je la transmettrais à ma fille Emma. Mes parents lui parlent en Basque, et ma femme Caroline est Béarnaise. Ce serait bien que la petite parle aussi le patois… »


L’homme est un vrai Basque… un vrai Bayonnais. « J’aime cette ville…  son calme… ses couleurs, le rouge et le vert de chez nous sur ces façades blanches ». Pourtant, ce n’est pas là qu’il se sent le mieux. Daniel aime se réfugier dans son village de Souraïde, situé à une vingtaine de kilomètre de la cité, où il fait construire une maison près de la ferme familiale. « J’aime venir en ville manger le midi ou pour un dîner le soir, mais c’est tout. Je préfère rester chez moi, me promener ». Rugbyman professionnel et Basque de naissance, l’homme aime mêler l’activité physique et son pays. « J’adore aller à la montagne, comme derrière Saint-Jean Pied de Port pour monter à Irraty... ou prendre ma moto (une 125 cm3) et aller faire des petits tours autours de chez moi ».
On comprend mieux pourquoi il aime rester à Souraïde lorsque l’on sait que sa famille y vit… et pour tout Basque qui se respecte, la famille c’est sacré ! « J’ai de quoi faire avec la maison qui se construit. Et puis j’ai la pitchoune dont il faut s’occuper. La ferme familiale où mon frère et ma mère sont associés dans la vache laitière est à côté. Je vais leur donner un coup de main quand ils en ont besoin ». Chez les Basques, la famille est donc omniprésente, comme la culture… et en Euskadi, le sport fait partie intégrante de la culture… Surf… pelote… rugby… Tout y passe.


Pour ce qui est du Surf, Bayonne ne rivalise pas avec les spots biarrots… La pelote, Larrech y a bien joué dans l’enfance, mais pas comme son frère qui fait aujourd’hui partie des meilleurs pelotaris de la région. Restait le rugby. Dès l’âge de sept ans, grâce au mari de son institutrice, alors éducateur à Saint-Pée sur Nivelle, il se saisit du ballon ovale pour une longue histoire d’amour. « J’ai joué dans ce club jusqu’à l’âge de 18 ans, avant de signer à Saint-Jean de Luz. Mes cousins y jouaient et je voulais tenter ma chance là bas, en famille, voir si j’avais le niveau ». Fonctionnant toujours à l’affectif, Daniel réagit de la même manière deux ans plus tard lorsqu’il quitte le club de la côte. « J’ai eu plusieurs contacts, dont Biarritz avec Monsieur Blanco. Mais Doxpi (Peyo Dospital) est venu me chercher pour aller jouer à l’Aviron. Il vient d’Espelette, à côté de Saint-Pée, ça crée des liens et c’est encore le cœur qui a parlé ».


Cet enthousiasme et cette passion lui ont valu le statut d’idole à Bayonne. Modeste, Larrech préfère éviter le sujet. « Avant de partir, les gens m’aimaient bien parce qu’ils me voyaient souvent, je faisais partie des meubles… mais je ne suis pas une star ». Et oui modeste, comme lorsqu’il se dit joueur moyen, peu rapide, mais possédant des qualités au pied. Daniel préfère parler de ses coéquipiers avec qui il partage tant d’efforts, de douleurs, mais aussi tant de joies… comme avec Bixente Fagoaga, dont il a été le témoin de mariage en novembre. « Hormis mes deux saisons à Saint-Jean de Luz, j’ai toujours joué avec lui. J’ai tout vécu avec lui en 20 ans de carrière ». Et principalement du bon, comme ce soir de mai 2005 quand Bayonne, pour son retour en première division, se sauve sur le fil et reçoit Brive lors de la dernière journée. « On gagne, on se maintient… je pars à Sale, Bixente arrête… c’est la fin d’un truc… c’était énorme ! »

 

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