Il aura fallu quatre essais contre les Samoa pour que Bryan Habana devienne l’un des héros de cette Coupe du monde. Loin de se prendre la tête, l’ailier des Springboks savoure ces moments uniques avec humilité. Pour Bryan, pas question de se prendre la tête. Le rugby, ce n’est que du bonheur…
Bryan, comment appréhendez-vous cette soudaine popularité ?
Je ne fais pas vraiment attention, mais je dois reconnaître que depuis le début de la Coupe du monde, je suis de plus en plus sollicité. J’essaie surtout de ne pas me disperser, de rester focalisé sur mes objectifs. Personnellement, je n’ai rien changé à mes habitudes. Mon rôle dans l’équipe reste le même : marquer des essais !
Et vous le faites assez bien…
J’aime cela ! Après, si je fais gagner mon équipe tant mieux ! Mais il ne faut pas oublier que nous sommes trente à former le groupe et que sans mes coéquipiers, je n’aurais pas l’occasion d’aplatir le ballon. Un essai, c’est la concrétisation de quinze hommes, pardon de trente, car quand nous jouons c’est tout le groupe qui est sur la pelouse.
Ressentez-vous dorénavant une attente plus importante de la part de votre staff ou du public ?
Il est sûr que les choses ont un peu changé et qu’à chaque fois que j’ai le ballon, on attend un exploit. Mais, j’aime la pression. Nous avons un long chemin à parcourir et les embûches qui nous guettent sont encore nombreuses. La victoire sur les Samoans et l’Angleterre m’ont mis en confiance, mais il ne faut pas que je m’enflamme car la route qui mène à la victoire finale va être longue… très longue !
Cette Coupe du monde était-elle un gros objectif dans votre carrière ?
Assurément ! Aucun rugbyman ne pourra dire le contraire, c’est le rendez-vous d’une vie et vous ne savez jamais si ce n’est pas la dernière. Alors, quand on est là, il faut jouer le coup à fond et savourer chaque instant qui vous est offert.
Qu’est-ce que vous appréciez dans ce grand rendez-vous ?
La pluralité culturelle. On peut jouer des équipes qui proposent des jeux totalement différents. Si on prend par exemple nos deux premiers matchs, les Samoans et les Anglais n’ont strictement rien n’à voir. C’est à nous d’imposer notre jeu pour trouver des solutions. Contre les Anglais, on savait que le match allait être plein, que la bataille durerait quatre-vingts minutes. A chaque rencontre, il faut être en mesure d’oublier ce que l’on a fait la fois d’avant. Il faut repartir. Mettre quatre essais, finalement, devient anecdotique.
Que pensez-vous du rang de favoris, avec les Blacks, de l’Afrique du Sud ?
Nous avons nos chances ! Mais nous avons travaillé si dur depuis quatre ans qu’il ne faut pas faire de prévisions. Il faut prendre les matchs comme ils viennent sans se poser de questions. Nous sommes un groupe très soudé et pour le moment notre niveau de jeu est intéressant. Chez nous, il n’y a aucune individualité, juste trente gars.
On vous parle souvent de la place des joueurs de couleur en Afrique du Sud, avez-vous remarqué une évolution à ce sujet ?
Je n’ai jamais considéré ma couleur de peau comme une fatalité. Que tu sois blanc, rose ou bleu, ça ne change rien… Sur le terrain, nous sommes tous les mêmes et nous avançons tous dans le même sens. Nous entrons sur le terrain, nous jouons. Il faut laisser la politique aux politiciens.
L’intégration est donc maintenant une chose évidente ?
Un grand nombre de joueurs de couleur vont arriver sur la scène internationale. Il est important que je sois l’un de leurs ambassadeurs sur le pré, et que je montre aux Sud-Africains de quoi nous sommes capables.
Etes-vous fier de porter les couleurs de votre pays ?
Bien évidemment ! Qui ne le serait pas ? J’aime notre drapeau, c’est le symbole même de notre nation. Mon père me dit souvent qu’il y voit notre ciel toujours bleu, le rouge de nos terres fertiles, le vert de nos forêts, le jaune de notre soleil et le blanc de la paix retrouvée entre nos peuples. C’est un peu comme une jolie fille, tu en tombes facilement amoureux. J’ai oublié notre ancien drapeau… Celui de l’oppression.
Comment avez-vous débuté le rugby ?
A l’école comme beaucoup de monde chez nous. Le rugby est enseigné en cours, c’est une véritable institution. C’est aussi pour cela que notre équipe est compétitive, nous avons un grand réservoir de joueurs.
Jeune, étiez-vous un grand amateur de rugby ?
Pas vraiment jusqu’à l’age de douze ans. Puis il y a eu la Coupe du monde 1995. C’est le tournant de ma vie. J’avais douze et je n’avais jamais joué auparavant. J’ai été voir un match avec mon père, c’était Afrique du Sud contre Australie, au Cap. Le spectacle m’a captivé et dans la foulée j’ai été voir la France et la finale. Tout cela est resté gravé dans ma mémoire. J’ai aimé les valeurs collectives que véhiculait le rugby.
Bryan Habana
Nationalité : sud-africaine
Ailier
Né le 12/06/1983, à Johannesburg (Afrique du Sud)
1,79 m – 72 kg
30 sélections – 130 points (au 20 septembre)
Club : Blue Bulls
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