XV Rugby

Cliquez pour lire la suite...
Abonne-toi

Accueil » L’œil de … » Ah, si on nous avait dit !

Souvenirs de Cardiff

Après la défaite du XV de France en demi-finale contre l'Anleterre, c'est maintenant l'heure des bilans! Pour ma part, je préfère me souvenir d'une improbable victoire, mais aussi d'un voyage vers l'impossible...

Comme toutes les belles histoires, celle-ci commence sur un postulat magnifique qu’ont déjà vécu nos cousins du ballon rond : gagner notre Coupe du Monde chez nous, et en battant la meilleure équipe du monde. Ensuite, les problèmes commencent ce qui nous amènent à avancer notre finale de rêve et à aller la jouer en terre étrangère. L’équipe de France est au pied du mur (ou plutôt de la montagne noire), et nous, au pied de la billetterie et des agences de voyage. 

"C’est pas parce que l’histoire s’annonce compliquée que nous allons y renoncer ! "

Alors, nous voilà vendredi matin, billets en poche, la voiture prête à partir, équipée des obligatoires potes, chanteurs et buveurs de bières, de notre réservation arrachée de justesse pour la nuit, de sacs de couchage, maillots et indispensable collection de XV Rugby magazine.

XV RugbyEt c’est parti, direction Calais, sous le soleil picard (certainement un bon augure). Les conversations tournent autour du match et la gare Eurotunnel arrive avant que nous ayons fini le déroulement de la deuxième mi-temps. Un arrêt hamburger (histoire de commencer à habituer le corps à l’ingestion massive de produits chargés en cholestérol) et nous entrons dans le tunnel, en compagnie de Clermontois, déjà équipés en bérets et toutes couleurs dehors.

La sortie à Calais se fait toujours sous le soleil et nous suivons notre course plein ouest à contresens sur l’autoroute. M26, M3, M25, M4, la campagne anglaise défile, parfois très lentement, au rythme des bouchons du vendredi après-midi. Nous avons du coup le temps d’avoir un éclair de génie ! Décidément, le week-end s’annonce bien. Pourquoi ne pas nous arrêter sur une aire d’autoroute avant Cardiff et réserver une chambre pour samedi soir dans un motel ! Vu que tout est complet à 100km à la ronde galloise, nous nous arrêtons plus loin encore ! Evidemment, toutes les chambres sont libres (c’est pas comme si des gens sensés s’arrêtaient là pour le plaisir !). Notre réservation en poche, nous continuons notre périple autoroutier et, après avoir subi les ralentissements de Bristol, de Newport et d’approche de Cardiff, entrons sur les petites routes, ronds-points à gauche compris, jusqu’à trouver notre havre de paix à St Mellon. Bon, évidemment, vous allez dire qu’on en rajoute, mais non, il ne restait vraiment plus qu’une chambre disponible dans un country club 4 étoiles. Alors à la guerre comme à la guerre, n’est-ce pas, et après cette longue route, goûter l’eau de la piscine, faire trempette dans le jacuzzi et profiter du sauna sont de bons moyens de préparer les supporters à la longue nuit galloise et à la folle journée du lendemain. Et puis, bon, si on peut montrer que les français sont là et bien là, il ne faut pas se priver...

L’heure se faisant tardive et propice à nettoyer l’intérieur du corps après l’extérieur, le traditionnel taxi pakistanais nous conduit en ville, sans oublier la non moins traditionnelle escroquerie de 5 livres (je me disais bien aussi, que ce compteur à l’arrêt…), et nous dépose à Saint Mary Street. Nous découvrons le centre ville, pavé de bonnes intentions et de pubs, coincé entre le Millenium Stadium, le château de Cardiff, l’Eglise et … d’autres pubs.

Beaucoup remplissent déjà les rues, les bars et les restaurants, dans des tenues colorées, parfois déraisonnablement courtes, et déjà d’humeur festive. La majorité est vêtue de noir et nous comptons les maillots bleus, ce qui ne nous empêche pas de nous faire remarquer par des « Chabaaaaal » sonores qui ne laissent pas indifférents nos futurs adversaires.

XV RugbyToutefois, tout au long du dîner et de nos diverses pérégrinations bièratoires, nous sentons bien que nous passons pour de gentils fans qui font l’aller-retour pour pas grand-chose et que notre mascotte barbue ne va pas nous sauver. Certes, du coup, les agneaux sacrificiels désignés que nous sommes sont très bien traités par la meute noire qui nous offre moult démonstrations de haka et rires un tantinet condescendants (on se demande bien qui est descendu, maintenant !). Et ce ne sont pas les Pitchoulis hurlées et Marseillaises entonnées qui intimideront nos hôtes. Elles mettront juste une bonne ambiance et feront les affaires des bistrotiers, et c’est déjà pas mal.

Parfois, tout de même, nous sentons un léger soupçon d’inquiétude, quand nous répondons aux questions de pronostic « hey, we are french ! Anything is possible !». Car, ça, ils le savent, et sans y croire véritablement, ça gratte quelque part…

Samedi, enfin, le grand jour ! Nous quittons notre hôtel après un pantagruélique english breakfast, et nous nous installons dans le centre ville pour assister à l’invasion bleue ! Imaginez une ville dont la population augmente de 20 % en un week-end ! Quelle ambiance magnifique ! Nous faisons le tour du stade, prenons quelques photos et échangeons bonne humeur, commentaires chauvins et souhaits de bonne chance. Les rues et les bars se remplissent, les couleurs se montrent au grand jour, le noir et le bleu en majorité mais aussi, au gré des paris tentés à l’avance, vert, ciel et blanc, bleu écossais, rouge gallois. Le défi de l’après midi est de regarder l’autre quart de final assis et avec une bière. Bon, ce sera debout dans la rue, et la victoire anglaise, regardée avec un fair-play bien de chez nous n’a aucun effet sur l’ambiance chantante de nos petits tricolores. Sauf que maintenant, on a un peu plus de pression ; il ne manquerait plus que les anglais aillent au Stade de France et pas nous !

Un peu plus tard, nous avons rendez-vous pour un beau moment de combat de chants, entre français et irlandais, sous l’œil des neo-Z. Merci au rugby de permettre de tels moments !! Et Cardiff ! Un superbe écrin pour un tel événement ; même si les infrastructures hôtelières sont clairement sous-dimensionnées, quelle ville de rugby !

HAKAEt puis voilà, ça y est, nous entrons dans cette enceinte qui fleure bon la magie. Nous sommes placés dans les 22 français, et les voici qui s’échauffent. Les drapeaux s’agitent, le stade se remplit petit à petit et la tension monte. Il va se passer des choses, c’est sûr ! Les hymnes finissent de chauffer le stade à blanc et font grimper la température jusqu’à ce haka fabuleux d’intensité, gagné par les Bleus qui surprennent tout le monde. On y est, on y est !!

Et puis le coup d’envoi, et le ko de Betsen qui fait passer un trop long frisson d’angoisse dans le stade. Et puis 13-0 à la demi-heure. Les Bleus et tous les supporters sont vaillants, mais dépassés par les corps et les chœurs Blacks. Allez on y croit, on se remotive avec un hot-dog froid, et puis cette deuxième mi-temps magique ! On sent dans le stade nos petits prendre l’ascendant physique, et surtout mental. Jusqu’à ces dix dernières minutes folles, folles, folles, et l’explosion finale qui sonne le glas de mes cordes vocales. C’est du délire, pendant quelques secondes, personne n’y croit dans les tribunes, ni Blacks ni Bleus ; ce n’est pas possible ! Mais, impossible n’est pas français, les amis ! Un immense tour d’honneur plus tard, nous quittons le stade au milieu des marseillaises endiablées ! C’est du délire, un vrai bonheur qui en rappelle d’autres ! Il n’y a pas les Champs Elysees, mais le cœur de Cardiff sera un bel endroit pour défiler ! Quant aux supporters Blacks endeuillés, nous pouvons leur tirer le chapeau ou la perruque. La plupart vient nous voir, nous serrer la main et nous féliciter en nous souhaitant bonne chance. Quel bel esprit de fair play ! Aurions nous su en faire autant ?

Après ça, que dire ? C’était juste … beau.

Ah, si, les Blacks, les Irlandais et tous ceux que nous avons croisés ensuite nous ont confié une mission : allez au bout ! Et surtout : battez les anglais !!

Sur ces moments inoubliables, nous reprenons la voiture et quittons, klaxons et drapeaux sortis, la capitale galloise, en compagnie de nombreuses autres voitures françaises. Nous gagnons notre petit hôtel et nous nous écroulons, les yeux encore pleins de rêves.

Le retour s’effectue en bleu et cernes ; nous saluons les autres français fatigués et souriants. Le dernier péage arrive, et nous sommes arrêtés par deux policiers. Les papiers sont examinés rapidement, et nous arrivons au cœur du sujet : « Vous venez de Cardiff ? C’était comment ? » !

C’était…

RetourRetour

Newsletter :

Copyright © 2007 XV Rugby Tous droits réservés. | conditions d'utilisation | contactez nous | XHTML 1.0